Les usages de l’eau sont traditionnellement de trois types : domestique, industriel et agricole. Selon la FAO, l’agriculture occupe certes seulement 11 % de la surface des terres émergées de la planète, mais elle consomme environ 70 % de l’eau douce, issue des aquifères, des cours d’eau et des lacs. Elle est suivie par l’industrie (autour de 20 %) deuxième plus gros consommateur et les particuliers (autour de 10 %).
Deux tendances de fond doivent en outre être rapportées : d’une part l’agriculture est confrontée à une demande croissante de productions qui consomment beaucoup d’eau ; d’autre part, l’agriculture irriguée est deux fois plus productive que l’agriculture pluviale. Il en résulte un besoin de consommation en eau toujours plus important, difficilement compatible avec la raréfaction de cette ressource à l’échelle planétaire.
Depuis sa création en 1948, Israël a été confronté à cette situation a priori insoluble : développer l’agriculture sans eau. Le désert occupe plus de 50 % du territoire (le Néguev au Sud et la Judée au Nord). Dans le Néguev, les précipitations annuelles ne dépassent pas 80 mm (contre 1.000 mm en moyenne en France). Aujourd’hui pourtant, Israël irrigue moins de 45 % de ses terres agricoles. 85 % des eaux usées sont recyclées – 70 % des eaux utilisées par l’agriculture sont des eaux recyclées. L’eau est ainsi bon marché pour les agriculteurs.
Fort de ce constat, le cabinet de conseil en hydrologie ED Hydrology s’est donné entre autres missions de diffuser et développer en France les techniques efficaces d’épuration et de réutilisation des eaux usées mises en œuvre en Israël. En 30 ans d’existence, ED Hydrology a en effet largement éprouvé les technologies du marché. Son fondateur et Président, David Zeitoun, nous explique.
Vous êtes un fervent promoteur du recours aux eaux usées pour les usages agricoles. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
L’objectif principal de la réutilisation des eaux usées est non seulement de fournir des quantités supplémentaires d’eau de bonne qualité en accélérant le cycle d’épuration naturelle de l’eau, mais également d’assurer l’équilibre de ce cycle et la protection du milieu environnant. La réutilisation des eaux usées conduit également à la réalisation d’économies financières importantes.
Pouvez-vous donner des exemples ?
Les agriculteurs sont constamment à la recherche de marges de manœuvre financières pour maintenir leur activité. L’eau est un poste de dépense non négligeable. Si je prends une consommation annuelle moyenne de 1.000.000 m3 par exploitation, en Israël, 70 % de ce volume serait alimenté par des eaux usées recyclées, soit 700.000 m3. Le coût de cette eau serait celui du recyclage, soit un coût moindre que celui de la fourniture d’eau nouvelle.
La seconde raison est écologique. L’eau devient une denrée rare et donc précieuse. Et ce constat n’est plus cantonné aux seuls pays des zones arides et semi-arides, comme Israël. La France est directement impactée, notamment dans les régions du sud mais pas uniquement. Utiliser les eaux usées recyclées, c’est mettre en place un cycle vertueux de l’usage de l’eau à l’échelle de l’exploitation agricole. Ce cycle, une fois mis en place, génère une fourniture permanente qui s’inscrit dans la durée. Chaque année, l’exploitation est assurée d’avoir ses besoins en eaux assurés à 80% (à périmètre constant), car issus de la réutilisation de ses eaux. C’est la clef pour lutter contre la pénurie d’eau.
Quelles sont les techniques développées avec succès en Israël ?
Israël développe et innove dans de très nombreuses directions. On peut ainsi mentionner à titre d’exemple 5 techniques innovantes de traitement/stockage de l’eau pour les petites et moyennes exploitations issues de l’agritech israélienne :
- la mini-usine de traitement d’eau pour traiter les eaux polluées ;
- la mini-station de désalinisation à énergie solaire pour extraire le sel des eaux fortement salinisées (avec réutilisation de la saumure par les cultures friandes de sel);
- l’épandage avec récupération par puits pour traiter l’eau infiltrée à l’intérieur du sol, la récupérer et la stocker;
- le mini-barrage pour créer une retenue d’eau et produire de l’électricité;
- le bassin de stockage pour récupérer les eaux polluées et les eaux pluviales, les traiter et les stocker.
Ces techniques sont-elles transposables en France ?
Elles le sont déjà et bien au-delà. ED Hydrology les a mises en place avec succès dans d’autres régions du monde comme la Chine, le Maroc, les Etats-Unis.
Quels sont leurs coûts ?
Chaque exploitation est unique. Il est essentiel de réaliser un bilan hydrologique pour déterminer les installations les plus pertinentes à mettre en place. Dans tous les cas, le coût des investissements requis est toujours couvert par les économies réalisées sur les consommations d’eau.

